L’histoire d’un haricot… et d’une vie entière à semer
Un geste simple, répété saison après saison, devenu mémoire vivante.
Je me souviens très bien du moment où cette semence est arrivée jusqu’à nous, aux Jardins de l’écoumène. Ce n’était pas une variété comme les autres, et surtout, ce n’était pas juste une question d’horticulture. Il y avait une histoire derrière, une vraie.

C’est Judith David qui a communiqué avec nous par courriel, elle venait de nous voir à l'émission. Elle nous a raconté l’histoire de sa grand-mère, Maximilienne Corbeil Dinel, et des haricots qu’elle cultivait depuis toujours. Elle les appelait « ses rameuses ». Rien que ce détail nous disait déjà qu’on n’était pas devant une variété ordinaire, mais devant une relation vivante entre une personne et ses semences.
L’histoire remonte à 1907. À l’époque, Maximilienne reçoit un sachet de haricots en cadeau de mariage, elle a alors 14 ans. Elle commence à les cultiver dans son jardin, à Chénéville, en Outaouais. Et elle ne s’est jamais arrêtée.
Année après année, elle les a semés, observés, récoltés, puis ressemés. Ce qui est frappant, ce n’est pas seulement la longévité de la variété, mais la constance du geste. On parle souvent de transmission comme d’un événement, mais dans ce cas-ci, c’était plutôt une pratique quotidienne, répétée sur toute une vie.
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est d’apprendre que Maximilienne cultivait encore ces haricots à plus de 94 ans. Elle continuait de faire exactement ce qu’elle avait toujours fait, avec la même rigueur, le même soin. Ce n’était pas un projet, ce n’était pas une démarche consciente de préserver une variété patrimoniale. C’était simplement une habitude profondément ancrée.
En 2008, Judith a compris que cette histoire ne devait pas s’arrêter là. Elle nous a confié les semences pour qu’on puisse les multiplier et les rendre accessibles à d’autres jardiniers. Malgré les recherches que nous avons faites, notamment avec les Potagers d’antan, nous n’avons jamais réussi à retracer l’origine exacte de cette variété. Mais au fond, ce n’est pas ce qui est le plus important.
Ce qui compte, c’est ce que cette semence a traversé.
Aujourd’hui, on la connaît sous le nom de haricot Grand-maman Dinel, en hommage à Maximilienne. Au jardin, c’est une variété grimpante vigoureuse qui produit de longues gousses jaune pâle. Elle est généreuse, facile à cultiver et particulièrement adaptée aux structures comme les rames ou les treillis. Il faut simplement faire attention au moment de la récolte, en cueillant les gousses avant leur pleine maturité pour conserver une texture agréable.
Mais au-delà de ses caractéristiques, ce haricot porte autre chose. Quand on le sème, on ne plante pas seulement une variété productive. On participe à la continuité d’un geste qui a été répété pendant plus d’un siècle.
C’est exactement ça, pour moi, le rôle d’un semencier. Ce n’est pas seulement de produire des graines, mais de préserver et de transmettre des histoires vivantes. Certaines variétés sont sélectionnées pour leur rendement ou leur résistance. D’autres, comme celle-ci, sont précieuses parce qu’elles témoignent d’un lien durable entre les humains et le vivant.
Et à partir du moment où tu la sèmes dans ton jardin, cette histoire-là devient aussi un peu la tienne.
Découvrir le Haricot grimpant Grand-Maman Dinel
Pour découvrir d’autres histoires de semenciers et approfondir ta pratique, je t’invite à explorer le Guide des semis Secrets de semencier.
Parce qu’au fond, semer, ce n’est pas seulement cultiver.
C’est aussi choisir ce qu’on décide de faire durer. 🌱
Jean-François
